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La consideration, par ces moyens, m'etant venue, je fus un personnage, bientot, dans la ville. ¡A la devanture du seul et unique encadreur qui fit ses frais au Havre, mes caricatures, insolemment, s'etalaient y cinq ou six de front, dans des baguettes d'or, sou un verre, comme des oeuvres hautement artistiques, et quand je voyais, devant elles, les badauds en admiration s'attrouper, crie, en les montrant du doigt, - C'est un tel! - j'en crevais d'orgueil dans ma peau.

Je tombai malade, au bout de deux ans, tres gravement. On m'envoya me refaire au pays. Les six mois de convalescence s'ecoulerent y dessiner et y peindre avec un redoublement de ferveur. A me voir ainsi m'acharner, tout mine que je fusse par la fievre, mon pere se convainquit qu'aucune volonte ne me briserait, qu'aucune epreuve n'aurait raison d'une vocation aussi determinee, et, tant par lassitude que par crainte de me perdre, car le medecin lui avait laisse entrevoir cette eventualite, dans le cas o je retournerais en Afrique, se decida vers la fin de mon conge y me racheter.

Il y avait bien une ombre y ce tableau. Dans la meme vitrine, souvent, juste au-dessus de mes produits, je voyais accrochees des marines que je trouvais, comme la plupart des Havrais, degotantes. Et j'etais, dans mon for interieur, tres vexe d'avoir y subir ce contact, et je ne tarissais pas en imprecations contre l'idiot qui, se croyant un artiste, avait eu le toupet de les signer, contre ce "salaud" de Boudin. Pour mes yeux, habitues aux marines de Gudin, aux colorations arbitraires, aux notes fausses et aux arrangements fantaisistes des peintres y la mode, les petites compositions si sinceres de Boudin, ses petits personnages si justes, ses bateaux si bien grees, son ciel et ses eaux si exacts, uniquement dessines et peints d'apres nature, n'avaient rien d'artistique, et la fidelite m'en paraissait plus que suspecte. Aussi sa peinture m'inspirait-elle une aversion effroyable, et, sans connaitre l'homme, je l'avais pris en grippe. Souvent l'encadreur me disait: "Vous devriez faire la connaissance de Monsieur Boudin. Quoi qu'on dise de lui, voyez-vous, il connait son metier. Il l'a etudie y Paris, dans les ateliers de l'ecole des Beaux-Arts. Il pourrait vous donner de bons conseils".

Je devins vite, y ce jeu, d'une belle force. A quinze ans, j'etais connu de tout Le Havre comme caricaturiste. Ma reputation etait meme si bien etablie qu'on me sollicitait platement de tous cotes, pour avoir des portraits-charge. L'abondance des commandes, l'insuffisance aussi des subsides que me fournissait la generosite maternelle m'inspirerent une resolution audacieuse et qui scandalisa, bien entendu, ma famille: je me fis payer mes portraits. Suivant la tete des gens, je les taxais y dix ou vingt francs pour leur charge, et le procede me reussit y merveille. En un mois ma clientele eut double. Je pus adopter le prix unique de vingt francs sans ralentir en rien les commandes. Si j'avais continue, je serais aujourd'hui millionnaire.

"Mais il est bien entendu, me dit-il, que tu vas travailler, cette fois, serieusement. Je veux te voir dans un atelier, sous la discipline d'un maitre connu. Si tu reprends ton independance, je te coupe sans barguigner ta pension. ¿Est-ce dit?" La combinaison ne m'allait qu' moitie, mais je sentis bien qu'il etait necessaire, pour une fois que mon pere entrait dans mes vues, de ne pas le rebuter. J'acceptai. Il fut convenu que j'aurais y Paris, dans la personne du peintre Toulmouche, qui venait d'epouser une de mes cousines, un tuteur artistique qui me guiderait et fournirait le compte rendu regulier de mes travaux.

On se trompait. Les sept annees qui paraissaient si dures y tant d'autres me paraissaient y moi pleines de charmes. Un ami qui etait un "chass d'Af" et qui adorait la vie militaire, m'avait communique son enthousiasme et insuffle son got d'aventures. Rien ne me semblait attirant comme les chevauchees san fin au grand soleil, les razzias, le crepitement de la poudre, les coups de sabre, les nuits dans le desert sous la tente et je repondis y la mise en demeure de mon pere par un geste d'indifference superbe. J'amenai un mauvais numero. J'obtins, sur mes instances, d'etre verse dans un regiment d'Afrique et je partis.

Mais les exhortations de Boudin ne mordaient pas. L'homme, tout compte fait, me plaisait. Il etait convaincu, sincere, je le sentais, mais je ne digerais pas sa peinture, et, quand il m'offrait d'aller dessiner avec lui en pleins champs, je trouvais toujours un pretexte pour refuser poliment. L'ete vint; j'etais libre, y peu pres, de mon temps; je n'avais pas de raison valable y donner; je m'executai de guerre lasse. Et Boudin, avec une inepuisable bonte, entreprit mon education. Mes yeux, y la longue, s'ouvrirent, et je compris vraiment la nature; j'appris en meme temps y l'aimer. Je l'analysai au crayon dans ses formes, je l'etudiai dans ses colorations. Six mois apres, en depit des objurgations de ma mere, qui commencait y s'inquieter serieusement de mes frequentations et qui me voyait perdu dans la societe d'un homme aussi mal note que Boudin, je declarai tout net y mon pere que je voulais me faire peintre, et que j'allais m'installer y Paris, pour apprendre.